Les percussions dans la musique traditionnelle irlandaise

Je vais aborder ce sujet toujours en me bornant à la même période, du 17ème siècle à nos jours

La musique est constituée de notes et de silences ponctués par des rythmes souvent accentués par des percussions. Dans la musique traditionnelle irlandaise on utilise :

  • Le bodhrán le plus fréquemment ; la majeure partie de cet article lui est consacrée. A chacune de nos prestations, il intrigue de nombreuses personnes.
  • Les cuillères (spoons) ; nous les utilisons aussi
  • La frappe sur le sol des pieds des danseuses et danseurs. Depuis le spectacle Riverdance, on ne peut pas ignorer cet aspect. Malheureusement il existe peu de groupes de danses irlandaises en Auvergne

Mais tout cela est assez récent.

17ème–18ème siècles : une tradition orale et peu de traces écrites

Pendant cette période, la musique irlandaise traditionnelle est principalement transmise oralement et repose alors sur des instruments mélodiques (harpe, violon, cornemuse) et des danses populaires. Les percussions sont quasi absentes des sources écrites de l’époque, en raison de l’interdiction des manifestations culturelles irlandaises par les Anglais, notamment au 17ème siècle.

Les rares mentions de percussions concernent des outils agricoles détournés (comme des tamis ou des plateaux de bois) pour marquer le rythme lors de fêtes locales.

Les danses étaient souvent sociales et collectives, en cercle ou en ligne, avec des pas simples mais rythmés. Les percussions corporelles (mains, pieds) étaient courantes, surtout dans les régions rurales où les instruments étaient rares. Elles étaient le plus souvent liées à des fêtes ou des rituels.

19ème siècle : l’émergence du bodhrán

Le bodhrán : quel est cet instrument au nom bizarre ?

C’est un cadre en bois (frêne, chêne), recouvert d’une peau de chèvre ou de daim, joué avec un bâtonnet (tipper) ou à la main.

Le jeu à la main libre (celle qui tient l’instrument par l’intérieur) modifie la tension de la peau pour varier le son, offrant une grande palette d’expressions. La frappe sur la peau se fait avec l’autre main, munie ou non d’un tipper. On peut aussi utiliser le cadre en bois de l’instrument.

Aujourd’hui bodhrán est un symbole quireprésente la résilience de la culture irlandaise, transformant un objet du quotidien en un emblème musical.

Son origine est souvent associée à des outils agricoles (tamis à grain), mais il devient un instrument musical à part entière, surtout dans les régions rurales.

Au 19ème, il est encore peu présent dans les ensembles musicaux traditionnels, qui privilégient les mélodies (fiddle, uilleann pipes, flute).

Quant aux danses, l’émigration irlandaise a provoqué leur adaptation aux nouveaux contextes avec les dance masters et l’apparition des chaussures à claquettes (hard shoes).

20ème siècle : la renaissance et la popularisation

Au cours des années 1950–1970, le bodhrán gagne en popularité grâce au mouvement de revival folk irlandais. Des groupes comme The Chieftains, Planxty et The Bothy Band l’intègrent systématiquement à leurs formations, le transformant en un symbole de la musique irlandaise moderne.

Le bodhrán évolue avec l’ajout de systèmes de tension mécanique pour la peau, permettant un accord plus précis et une meilleure adaptation aux conditions climatiques.

Des musiciens comme John Joe Kelly, Ringo MacDonagh ou Kevin Conneff contribuent à élever le bodhrán au rang d’instrument complexe et expressif, capable de nuances rythmiques lui permettant une reconnaissance internationale.

Les danses : au début du 20ème siècle on note un certain déclin des danses irlandaises, mais à partir de 1994, des spectacles comme Riverdance ont mis en lumière la dimension percussive de la danse irlandaise avec même parfois une fusion collaborative avec des batteurs modernes.

21ème siècle : un instrument incontournable

Aujourd’hui, le bodhrán est omniprésent dans les sessions de musique traditionnelle (sessions de pub), les festivals et les enregistrements. Il accompagne aussi bien les danses (reels, jigs) que les ballades, et s’exporte dans les musiques celtiques du monde entier.

Son rôle dépasse désormais le simple rythme : il est devenu un vecteur d’identité culturelle, porté par des artisans et des musiciens qui perpétuent et innovent autour de cet instrument.

Son évolution reflète la vitalité de la musique irlandaise, entre respect des racines et ouverture au monde.

C’est un instrument apparemment abordable et polyvalent qui attire aussi bien les amateurs que les professionnels.

Le bodhrán et les pieds des danseurs partagent une fonction similaire : marquer le rythme et dynamiser la musique. Cependant, la danse offre une dimension visuelle et corporelle qui enrichit l’expérience musicale. Certains musiciens traditionnels considèrent même les danseurs comme des « percussionnistes invisibles » !

Focus sur le bodhrán

Le bodhrán, bien que d’origine irlandaise, a eu une influence majeure sur les autres musiques celtiques, notamment en Bretagne, en Écosse, au Pays de Galles et en Galice.

Comment cet instrument s’est-il intégré et a-t-il transformé ces traditions ?

1. En Bretagne : un rythme interceltique

En Bretagne, l’adoption du bodhrán s’est faite très progressivement. Dès les années 1950–1960, avec le mouvement de revival celtique, le bodhrán a été adopté par les musiciens bretons, souvent en parallèle de la caisse claire écossaise dans les bagadoù (orchestres de cornemuses bretonnes). Il a apporté une nouvelle couleur rythmique aux ensembles, complétant les bombardes et les binious.

Des formations comme Alan Stivell ou Dan Ar Braz ont popularisé le bodhrán dans des spectacles interceltiques, mêlant répertoires irlandais, écossais et bretons. Le bodhrán est devenu un symbole de l’unité musicale celtique, présent dans les fest-noz et les festivals.

2. En Écosse : entre tradition et modernité

La caisse claire écossaise reste très dominante, mais le bodhrán a trouvé sa place dans les groupes de folk écossais, notamment ceux qui explorent des sonorités plus douces ou acoustiques. Il accompagne souvent la harpe celtique ou le fiddle dans des contextes moins martiaux que les pipes.

Des artistes comme Capercaillie ont intégré le bodhrán pour créer un pont entre la tradition écossaise et les influences irlandaises, enrichissant ainsi la palette rythmique de la musique celtique écossaise.

3. Au Pays de Galles et en Galice : une présence discrète mais croissante

Au Pays de Galles, le bodhrán y est moins central, mais il est utilisé dans des projets interceltiques ou par des musiciens cherchant à diversifier les percussions traditionnelles (souvent dominées par les tambours à cadre locaux ou les spoons).

Dans la musique galicienne (Espagne), le bodhrán est parfois adopté pour son côté « celtique », notamment dans les groupes qui s’inspirent du folk irlandais ou breton. Il se marie bien avec la gaita (cornemuse galicienne) et les tambourins.

Unité celtique :

D’une façon générale, le bodhrán est devenu un ambassadeur et un symbole de l’identité musicale celtique (oui je me répète), transcendant les frontières entre Irlande, Bretagne, Écosse et Galice. Il incarne la capacité des traditions à s’enrichir mutuellement, tout en restant ancrées dans leur terroir.

Son adoption dans des genres comme le rock celtique ou le folk électro montre sa versatilité et son rôle dans la réinvention constante de la musique traditionnelle.

De nombreuses écoles de musique celtique (en Bretagne, Écosse) enseignent désormais le bodhrán, preuve de son intégration durable.

Focus sur les danses irlandaises comme instruments percussifs

Parmi les types de danses on trouve :

  • Sean-nós : Cette danse solo, souvent improvisée, met l’accent sur des pas rapides et des frappes de pieds (toes, talons) qui créent un rythme complexe. Les danseurs portent traditionnellement des chaussures dures pour amplifier le son.
  • Step dance : Popularisée par des spectacles comme Riverdance, cette forme plus structurée utilise des chaussures à semelles rigides (comme les hard shoes), équipées de claquettes en fibre de verre ou en bois pour produire des sons clairs et percussifs.

Ces danses entrent en interaction avec la musique.

  • Les danseurs irlandais suivent généralement des mélodies jouées au violon, à la flûte ou à l’accordéon, mais leur rythme s’intègre aussi comme une couche percussive supplémentaire. Par exemple, dans un jig (rythme 6/8 ou 9/8), les pas peuvent souligner les contretemps, ajoutant une texture rythmique unique.
  • Dans les sessions traditionnelles (séisiún), même si les danseuses en sont souvent exclues, on utilise la danse comme moyen d’expression rythmique. Les danseurs improvisent parfois en réponse aux variations des musiciens, créant un dialogue entre mouvement et son.

Comme toujours, c’est le spectacle vivant qui permet de vraiment d’apprécier la richesse de cette musique.

Venez participer à nos spectacles et ajouter aux rythmes du bodhrán et des spoons vos propres rythmes en frappant dans vos mains. Avec un peu de chance, et un peu de place, des danseurs viendront se mêler à la fête.

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